La pioche

La pioche (au domaine Clape).

C'est marrant, parce que c'est le tout premier dessin que j'ai réalisé au domaine Clape, et, à l'heure actuelle, la dernière gravure à avoir été imprimée. Je me souviens bien de ce jour-là ; on était quelque part en avril, mai, et il faisait très chaud. Magali Jacob, l'autrice d'Une année dans les vignes", m'accompagnait et me faisait découvrir les différentes parcelles du domaine.

On a suivi un cours d'eau qui longeait cette parcelle et on l'a dépassé parce que je cherchais un éventuel point de vue sur la rivière. Enfin, je me suis assis dans un coin, sur mon petit pliant, et j'ai sorti mes plaques de lino.

Les pauvres bougres qui piochaient devant moi subissaient une triple peine : la chaleur, accentuée par le bruit du cours d'eau attenant alors qu'ils respectaient tous le Ramadan.

Je suis donc heureux de leur rendre hommage par le biais de cette image, même s'il y a peu de chance qu'ils la voient jamais...

Mine de rien, il y a 8 passages couleurs pour cette gravure. Voici comment je l'ai réalisée :

d'abord, j'ai donc dessiné directement sur ma plaque de lino, au feutre indélébile, le trait. J'ai ensuite gravé la plaque. Puis je l'ai imprimée sur une feuille de calque que j'ai ensuite pressé directement sur une plaque de lino vierge ; je me suis donc retrouvé avec une plaque de trait gravée et une plaque de trait intacte. J'ai ensuite commencé à graver cette seconde plaque "à planche perdue".

Ci-dessus, une épreuve de la plaque de trait, avec les indications des futures couleurs.

La plaque de trait, gravée (en réalité, 2 plaque de 21 x 15 cm côtes à côtes).

Je n'ai pas pris de photo du premier passage de couleur, oublié, mais ça n'a pas beaucoup d'intérêt, il s'agit d'un aplat complet, marron. J'en ai imprimé une quinzaine d'exemplaires, les ai laissés sécher, puis j'ai gravé ma planche pour imprimer la seconde couleur, qui laisse voir la première là où j'ai gravé (vous suivez, dans le fond ?)

Et ensuite, j'ai continué à graver pour effectuer un troisième passage... Ci-dessous, la plaque dans son 3ème état :

On arrive aux états un peu flippants de la technique de la planche perdue : vous êtes obligé de laisser de la matière pour les couleurs suivantes, et vous vous retrouvez donc avec des zones colorées qui ne vont pas le rester...

Et là, par exemple, je suis allé trop vite : il y a des sections du muret en pierre sèche que j'aurais dû garder blanches, et donc enlever de la plaque avant d'imprimer les passages suivants, bleu et vert...

Pour le passage suivant, vert, j'ai plutôt préparé une encre jaune, qui s'est superposée au bleu là où il en restait.

Ne reste plus qu'un passage de couleur avant de revenir avec la plaque de trait. J'avais imaginé un rouge, mais j'ai opté finalement pour un rose... Vous remarquerez qu'il ne reste vraiment plus grand chose de la plaque de lino, d'où le nom de "planche perdue".

Et hop ! On retrouve notre image finie :

"La pioche", linogravure, 8 couleurs, 15 exemplaires numéroté / signés, sur papier Munchen pure white 120 g. 50 € + frais de port.

Si cette technique vous donne envie, n'oubliez pas que je propose des stages dédiés à la linogravure en couleurs : renseignez-vous par ici : eldrawdraw@gmail.com